Krotal  » Le buzz ne m’intéresse pas »

Découvert sur la scène du hip hop camerounais en 1989 et titulaire du célèbre titre « jamais », Paul Edouard Etoundi Onambélé alias Krotal fait partie des précurseurs du mouvement hip hop au Cameroun. C’est dans sa structure de production Mapane Records à Yaoundé qu’il nous a accordé cette interview :


Ca fait combien d’années que Krotal fait dans la musique?

Alors je vais dire que je pars de l’univers de la danse hip hop et je me mets réellement à la musique en 1989. En fait on se met à suivre des gens et comme beaucoup on a trouvé que la danse était limitée par rapport à ce qu’on avait envie d’exprimer. Donc beaucoup parmi nous sont passé du statut de danseur à rappeur, parce que beaucoup de grands qu’on admirait à l’époque ce sont mis rapper donc nous aussi nous nous sommes mis a rapper. Donc je veux dire que concrètement, premier texte rapper devant des gens (en scène) c’est 1989, j’ai fait les premières parties des shows comme à Charles Atangana Bastos par exemple, les premiers affrontements, l’avènement du groupe ivoirien comme RAS, Junior and the crazy B au Capitol quand il rencontrait le prophète Jo-b, Pierre Merlin et les autres. Donc quand tous ces gars là affrontaient les ivoiriens nous on faisait les premières parties, on était touts petits et voilà après ça je n’ai jamais arrêté. Je suis parti par la suite continuer les études en France jusqu’en 1993 et je suis revenu ; comme je dis aux gens j’ai jamais quitté la scène hip hop depuis l’époque. Maintenant, par révolte avec un ainé on a crée le premier label uniquement orienté musique urbaine au Cameroun qu’on a appelé « Mapane Records » c’était en 1997 ; au début ça s’appelait « bleu moon record ». Et c’est en 2000 que c’est devenu véritablement Mapane records. En même temps entre 1997 et 2000 j’ai fait a moi seul 80% des productions du hip hop camerounais c’est à dire tout le territoire.

Ca fait jusqu’ici combien d’albums sur le marché ?
Maintenant pour parler du nombre d’album c’est paradoxal. Je viens d’un groupe appelé « Anonym crew » crée entre 93 et 94 et avec un ami venant du Canada mais d’origine sénégalaise on crée le « Magma fusion » qui réunissait les grosses têtes du hip hop Africain. Nous sommes à l’époque 12 et paradoxalement tout ce parcours, Le premier album de Krotal sort en 2003. Donc en 2015 je dirais j’ai trois albums sur le marché et sur les 3 albums disons 2 maxi single. En gros c’est ça ma carrière. En même temps j’ai toujours été des 2 cotés du miroir, c’est-à-dire en même temps artiste, en même temps compositeur de musique et producteur.

Ta première grande scène ?
Le premier véritable festival institutionnel auquel je participe, c’est le Dakar Rap Festin en 1998 à Dakar au Sénégal aux cotés de certaines grosses têtes du hip-hop comme Super Natural, Daddy Nuttea, Fabe Koma etc. Après il y a une longue période qui s’écoule. Maintenant en temps que Krotal, je fais le Gabao Hip Hop en 2006, je le refais en 2008 et depuis je n’ai pas arrêté, j’ai fais tous les festivals institutionnels du hip hop francophone, suis allé partout. Aussi, J’ai été parrain de beaucoup d’autres festivals dans le monde, entre autres le Malabo Hip-Hop.

Il se dit en fait que Krotal fait parti des précurseurs de la musique HIP HOP Africaine, tu valides ?

Si tu écoutes bien mon parcours j’évite de dire ça parce que moi-même j’ai été enseigné par d’autres. Ces autres étant encore vivants je pense que les honneurs leur reviennent c’est-à-dire que nous sommes nombreux à faire partie des précurseurs. Y a des gens comme Pierre Merlin, le prophète Jobi, Ibrahim le messager Africain etc., tous ces gens sont là et à partir du moment où ils sont là nous nous devons de leur donner leur place. Parce que moi ce qui me dérange avec la jeunesse actuelle c’est qu’elle se comporte comme si l’histoire a commencé avec leur petite existence.

Parle-nous un peu de cœur de lions peaux de panthères !
Ah oui ça c’est le dernier projet que j’ai mis sur toutes les plates formes de téléchargements numériques par paiement bien sur. Il s’agit là d’une succession de maxi singles. Donc j’ai mis 2 volumes sur le marché depuis novembre 2014 yen a 2 autres qui sont prêts et qui vont aussi être mis. Et il est question que nous amenions donc le produit physique sur le marché camerounais mais virtuellement « CDLPDP » se porte super bien puisque quand on a fait la synthèse de toutes ces plates formes de téléchargement, l’album de hip hop camerounais qui se vend le plus en téléchargement sur itunes et tout le reste c’est « CDLPDP ».

Tu fais partie des artistes qui sont sur la route du MASA tu nous en parle ?

Le MASA c’est le marché des arts et des spectacles d’Abidjan qui est une institution, je crois qu’a l’époque Macase a été prix du MASA c’est vraiment énorme. Donc nous tous nous avons la prétention par le biais de scène d’ébène de se retrouver sur le MASA en 2016. Donc c’est l’ensemble de petits spectacles que nous allons faire, présenter aux camerounais ce que nous avons la prétention d’aller faire en cote d’ivoire.

Que penses-tu de la nouvelle génération musicale camerounaise ?

Ce qui m’impressionne au Cameroun pas seulement dans la musique c’est que les jeunes ne maitrisent même pas leur propre histoire et c’est impensable. La nouvelle génération bah les gars sont bons, après on ne débat pas des gouts et des couleurs chacun apprécie, y a pleins de jeunes qui se démarquent. Entre moi et la génération actuelle je crois y a 3 générations, bon maintenant je peux parler de ceux qui me suivent, je peux parler des gens qui étaient très forts, Obinistyle, Sir Nostra, Duc-Z etc. maintenant la toute nouvelle génération si on peut appeler ainsi, Y a des gens comme Jovi qui n’est même pas de la nouvelle génération c’est un vieux mais seulement les gens ne le connaissaient pas et vraiment big up trop surdoué ce mec et après tu as stanley Enow pour moi c’est un épiphénomène parce que sur la base d’un maxi single il a tout été c’est bien. Je vais te parler des petits comme Franko bref ils sont nombreux.

C’est clair quand même qu’on remarque une très grande différence de comportement entre cette nouvelle génération et vous qui avez marqué l’histoire de la musique en générale et du hip hop en particulier. Si tu avais un conseil à leur donner toi en tant que grand frère ce serait quoi ?
Sans être prétentieux, ce qu’on fait c’est un métier nous sommes artistes musiciens et on fonctionne selon un plan de carrière prévu initialement, on essaie d’avancer malgré tout faut pas oublier que c’est ça qui est le plus important. La starmania c’est rien du tout. Au Cameroun les ministres sont plus stars que les artistes musiciens, si déjà être stars ça veut dire quelque chose. Artiste musicien c’est un métier, vedette c’est stars ce n’est pas un métier, c’est une étiquette que n’importe qui peut endosser. Maintenant comme conseil, il faut se concentrer sur l’essentiel, sur les vraies choses ce que tu vas proposer au public, ce qu’on a la prétention de faire ou pas c’est ça qui est important. Et puis il y a le phénomène internet le buzz a tout prix ça ne veut rien dire.

En parlant de buzz justement il s’est dit que tu es interné dans un hôpital entre la vie et la mort !

Oui c’est quelqu’un qui m’appelle j’étais en studio et c’est une chanteuse elle me dit krotal ça va ? Je dis oui ça va il y a quoi ? Elle me dit mais on est dans un groupe ici sur facebook ou les gens sont en train de débattre il parait qu’on t’a tiré dessus et que tu serais entre la vie et la mort interné au CHU. Moi le buzz ne m’intéresse pas ni de près ni de très loin moi je vis dans la vraie vie, dans le vrai monde donc suis vivant.

Des projets ?
Des projets bon on doit travailler sur la mise en place d’un festival institutionnel qui va s’appeler le « Yaoundé hip hop festival » comme il y a le Douala hip hop festival et nous travaillons ensemble d’ailleurs. L’idée serait de faire au moins 3 évènements de ce type dans l’année ce qui ferait un gros évènement tous les 4 mois par exemple afin de redonner du poids et la place qui convient à l’artiste camerounais en général.

260318_211122045597665_8195383_nInterview réalisée par Love Laure Meke