Calixthe Beyala à cœur ouvert

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Tu viens de faire un séjour à l’Extrême Nord, de quoi résulte ce voyage?

Ce séjour qui m’a réellement enchanté, est né d’une discussion avec le professeur Mbassi Raymond de l’université de Maroua. Au détour de nos échanges via le net, il m’a fait cette proposition, et spontanément, j’ai accepté, parce qu’il était temps de mettre Maroua au Centre après le traumatisme qu’avait fait vécu cette belle région Camerounaise !

Justement parlons de l’Extrême Nord qu’avez-vous vu là-bas?

Dans l’extrême Nord, j’ai vu la beauté des paysages, la gentillesse des gens. J’ai expérimenté l’intelligence des peuples du Nord, la douceur d’y vivre. J’ai aussi vu la combativité d’un peuple bien décidé à se battre, à ne pas se laisser dominer par la psychose dans laquelle voudraient les voir vivre les terroristes ! J’ai aimé Maroua et j’aimerais bien y retourner à l’occasion !

Si on te parle de francophonie, en gardes tu une expérience?
La francophonie est pour moi une belle expérience intellectuelle, puisque j’ai conçu le projet de la francophonie populaire telle qu’il a été adopté par les États membres. Il était important pour moi que soit conceptualisée la francophonie populaire… D’ailleurs, j’ai représenté cette francophonie sous Boutros Ghali pendant la dernière année de son mandat.

Beaucoup d’étudiants font des recherches (Master, Doctorat) sur l’écrivaine Calixthe Beyala, une fierté?

Oui, beaucoup d’étudiants font leurs mémoires sur mes livres et c’est toujours un plaisir de constater l’engouement que suscitent ces textes. Je n’en conteste jamais le contenu, car j’estime qu’à chaque lecture correspond une réécriture faite par le lecteur actif. Oui, j’en suis heureuse.

Aurais-tu réellement souhaitée être SG? et que proposais-tu? et que proposes-tu pour la survie de cette institution?

Oui, j’aurais souhaité être SG, car j’aurais mis en application ma francophonie populaire telle que je la rêvais… Aujourd’hui, étant donné que ceux qui sont à la direction de cette institution ne sont pas les concepteurs du projet, ils peinent à le mettre à exécution. C’est à la France à décider si la francophonie doit vivre ou pas. Et si elle décidait de la survie de cette institution, elle fera le nécessaire pour qu’il en soit ainsi.

A défaut de la Francophonie, l’écrivaine pense à un destin national en France ou au Cameroun?

J’ignore ce que vous appelez destin national, car pour moi, j’ai déjà un destin plus que national… Un destin international, puisque mes livres sont traduits dans plus de trente langues.

Les textes de Calixthe Beyala ne sont-ils pas autobiographiques?

Certains textes se rapprochent de l’autobiographie, la plupart n’ont rien d’autobiographique… J’écris des romans et qui dit roman parle de l’imaginaire, de l’inventivité, du travail sur la langue qui en soit ressemble assez à un travail d’orfèvre, de joaillier… Oui, le roman est avant tout une œuvre d’art, même si souvent l’écrivain part du vécu, de l’observé ou du ouïe dire pour bâtir un monde.

Certains taxent Calixthe, d’une femme un peu perverse dans ces romans, tu es d’accord de cela?

Je ne suis nullement perverse, mais proche des naturalistes qui décrivent la réalité humaine jusque dans ses moindres méandres… Je ne cherche pas à cacher ce qui est mais à le révéler ; je ne cherche pas à grossir les traits mais à être exacte dans mes descriptions… Cette manière de tremper ma plume à vif dans le sujet peut déranger certains esprits pudibonds qui s’avèrent souvent être les plus pervers dans leur quotidien…

Avec autant de traduction ça veut dire qu’écrire rapporte?!

Si vous parlez d’argent, je conseillerai aux uns et aux autres de choisir un autre métier que celui de littérateur… Ceci étant, je suis le seul écrivain francophone à vivre de mes œuvres…

Calixthe Beyala, connait-elle toutes ses œuvres? Relit-elle ses œuvres après publication?

Non… J’ai écrit tant que j’en suis à oublier mes œuvres… J’aurais trente ans de métier l’année prochaine… Trente d’incessante écriture ! Je ne relis jamais mes œuvres une fois publiées ; en général, j’en entame une autre… Le livre à venir est toujours meilleur dans mon esprit que celui qui a déjà été publié !

Et lequel vous a le plus marqué (le livre)?

Le prochain je crois.

Quelle expérience heureuse peut tu partager avec tes fans et ceux qui te suivent?

L’expérience de parent… Oui, c’est la plus belle des aventures parce qu’ingrate… Quoique vous fassiez en tant que parent, vous aurez toujours tort aux yeux des enfants… C’est génial !

Les vôtres sont très durs envers vous? Ou alors vous avez été dure envers vos parents?

Ils m’adorent… Mais je le répète : être parent est le plus beau et plus ingrat des métiers du monde… Je souhaite à tous d’expérimenter ce bonheur si stressant !

Parlons de votre passion d’être maman, qu’est-ce que vous détestez le plus?

Je ne déteste rien… quoique vous fassiez en tant que parent, vous aurez toujours tort… Les enfants vous accuseront toujours d’être la cause de leurs échecs… Et c’est ça qui est marrant !

Vous arrivent-ils souvent de repartir au village? C’est où? Et comment vous regardent les personnes du village?

La Calixte devenue star ou la Calixte leur fille qui a grandit
Oui, je vais au village, à Sa’a. Les gens m’aiment beaucoup… Je crois qu’ils savent qui je suis, mais nos rapports ne sont pas hiérarchisés car je refuse d’introduire la notion de « star  » dans mes relations aux autres. J’aime la simplicité.

Calixthe, leader d’opinion en France et au Cameroun, qu’est qui vous estomaque en France et au Cameroun?

Qu’est-ce qui m’estomaque en France ? L’hypocrisie. La haine raciale. Les injustices sociales. L’exclusion. Ce désir de guerre… Les mensonges des médias. Qu’est-ce qui me gêne au Cameroun ? La prétention des gens. Le mépris affiché des possédants pour le petit peuple. Le manque de combativité de certains. La prostitution intellectuelle. La jalousie. La haine.

On ne te voit plus trop dans les medias en France pourquoi? As-tu été black listée?

On ne voit plus d’intellectuels dans les médias. Ce phénomène est général car la France est en guerre dans plusieurs coins du monde. Elle sait que la parole intellectuelle va l’accuser, l’acculer. Donc, les vendeurs d’armes propriétaires des médias la confisque en ce moment. Ce n’est pas une première dans l’histoire de ce pays.

Je vais te prendre une liste de 5 camerounais et tu me diras ce que tu penses de leurs actions 1- Eto’o, 2-Francoise Mbango,3-Manu Dibango 4, Milla, 5-Nathalie Koah

Eto’o est un brillant footballeur. Manu Dibango un excellent musicien. Milla a porté haut les couleurs du Cameroun. Koah se débrouille pour survivre dans un monde dominé par les riches et qui croient que les autres leur appartiennent. Francoise Mbango, championne olympique, bravo pour sa médaille…

Parlons de Calixthe, femme: cœur à prendre?

Non, il n’y a pas de cœur à prendre chez moi…
Interview réalisée par Joseph Dzéné